Leonarda : Quand les médias cassent leur « jouet »…

Part-PAR-Par7687285-1-1-0_0Un peu d’énervement, un zeste de tristesse et surtout beaucoup d’indignation… voilà les ingrédients qui m’ont poussé, après quelques mois d’absence, à reprendre la plume le clavier pour dire mon ressentiment au sujet de cette « affaire » qui, ces derniers temps, est sur toute les bouches journalistiques : le « Leonarda Gate » !

Au départ, un fait divers : l’interpellation, dans la plus pure application de la loi, d’une jeune kosovarde de 15 ans en situation irrégulière. Circonstances maladroites, cruelles diront certains, mais comme dit le proverbe romain « dura lex, sed lex »… Seulement voilà, le cadre d’un voyage scolaire, il est vrai peu adéquat pour une arrestation de ce type, a ouvert une brèche faisant passer en un temps record l’évènement de « pas très malin » à « scandale d’Etat », et notre jeune adolescente, de simple « interpelée » à « victime de l’ultra nationalisme caché de la majorité ». Un beau travail commun de certains journalistes au libéralisme chatouilleux qui s’élevèrent, tels des enfants gâtés, contre les décisions jugées trop strictes d’un gouvernement apparaissant d’un coup bien totalitaire à leurs yeux. La suite est connue de tous : papa Hollande cède au caprice malgré le rapport de la commission d’enquête parlementaire, faisant en un éclair passer l’Etat de Droit sur son flanc gauche et illustrant à merveille la conception hallucinante qu’il se fait de la famille en proposant à cette jeune fille « et à elle SEULE » de poursuivre ses études en France.

Dès lors, Leonarda fait la une de tous les JT et la couverture de tous les papiers hebdos et quotidiens. Voilà une collégienne  propulsée au devant des projecteurs avides d’exclusivité. Voilà que les télés et radios se délectent de ses propos approximatifs et maladroits. Voilà que, dans la balance médiatique, les dires d’une ado valent soudain ceux d’un président. Et tout cela sans même s’être soucié de sa sensibilité d’ado, sans même s’être inquiété de sa situation « délicate », sans même avoir songé aux dégâts que cela pouvait engendrer sur sa vie et celle de son entourage. Pourquoi ? Parcequ’ils en ont décidé ainsi. Parce qu’ils tiennent leur « une ». Parce que ce fait divers peut leur servir à rappeler au président de la République que, s’ils le veulent, ils peuvent faire la loi à la maison. La guerre fait toujours rage en Syrie, le chômage ne s’améliore pas, Nelson Mandela ne va pas mieux, mais peu importe, l’occasion est trop belle et la victime tellement accessible…

Et puis, après s’être bien déchainé durant les quatre jours d’un caprice ininterrompu, après avoir tapé des poings et des pieds, après avoir obtenu gain de cause en faisant craquer l’autorité, alors on se désintéresse du « jouet » si durement réclamé. Pire encore, on le casse. C’est ainsi que, ça et là, notre brave Leonarda s’est vu rétrogradée d' »égérie de l’immigration » à « paria de l’omniprésence ». Que les mêmes journalistes qui tentaient la veille de faire pleurer dans les chaumières en évoquant la jeune fille déclaraient désormais sans vergogne qu’il y en avait assez de Leonarda. Que « Leonarda par-ci, Leonarda par-là », ça commençait à bien faire. Et comme si cela ne suffisait pas, de surenchérir de commentaires bas de gamme s’attaquant à son physique ou son niveau d’éducation.

Triste, mais tellement révélateur d’un certain monde journalistique où l’on a depuis bien longtemps oublié l’humain et l’information pour laisser place à l’instrumentalisation. Peu importe si le prix à payer est une adolescente de 15 ans, pourvu que le sujet se vende bien, pourvu qu’il scandalise, pourvu qu’il déstabilise le pouvoir en place au profit de celui de nos petits écrans et de ceux qui le font.

Au final, après s’être posé la question de qui entre Leonarda, les médias ou le président « fait tourner la France », que nous reste-t-il ? Une autorité présidentielle un peu plus mise à mal, une cohérence gouvernementale un peu plus déstabilisée, une adolescente de 15 ans envahie par la surexposition médiatique dont elle à fait l’objet et des journalistes toujours plus confortés dans leur toute puissance médiatique. La France s’élève-t-elle suite à cette affaire ? Pas sûr…

« Malheur à celui par qui le scandale arrive, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît au cou une grosse meule de moulin, et qu’on le jetât dans la mer. » (Mt 18.5-9)

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